Aller au contenu principal

La musique: objet de répercussions sociales

Dans une maison modeste sans peinture, dans un quartier ouvrier de Caracas (Venezuela), un garçon s'exerce au trombone alors que sa mère prépare le dîner. Dans tout le pays, dans les petites et grandes villes, les hameaux et les villages de pêcheurs, des jeunes répètent leurs gammes, se hâtent d'aller à leurs répétitions et jouent devant des publics admiratifs dans des écoles, des parcs et des salles de concert. Le Venezuela respire la vie grâce à sa musique et ses musiciens.

Ce n'était pas toujours le cas. Il y a seulement 20 ans, uniquement les enfants de riches bénéficiaient d'une éducation artistique. Comme on pouvait s'y attendre, le Venezuela n'avait à cette époque qu'un seul orchestre symphonique, et 80 % des musiciens étaient des étrangers.

Ce qui a changé les choses au Venezuela a été la création d'un orchestre symphonique national de jeunes. Impressionné par ses succès initiaux, le gouvernement lui a accordé des fonds par l'intermédiaire du Ministère de la famille. Cela s'est concrétisé par un réseau de 60 centres qui offrent un enseignement musical (instruments et choeurs) à environ 57 000 enfants et adolescents, qui sont issus pour la plupart d'entre eux de familles pauvres.

Convaincu de la nécessité d'inclure davantage de jeunes dans ce programme, le gouvernement demanda à la BID son aide financière. En novembre dernier, la Banque a approuvé un prêt de 8 millions de dollars pour à la fois améliorer la qualité des orchestres et choeurs, ainsi que pour accroître le pourcentage de participants. Ces fonds permettront d'améliorer l'enseignement, de renforcer l'administration et de construire un centre de formation comprenant des installations pour les répétitions et les spectacles à Caracas.

Filet de sécurité musical. La musique, que l'on considère habituellement comme une fin en soi, peut également rendre un service capital à une société qui a des occasions limitées de progresser sur les plans social et économique. Au Venezuela, le réseau d'orchestres et de choeurs fonctionne comme un mouvement social, explique José Antonio Abreu, fondateur et directeur de ce réseau.

Etudier un instrument et jouer dans un orchestre a certains avantages d'ordre pratique et d'autres d'ordre psychologique, souligne-t-il. Une chose est certaine, cela exige du dévouement et de la discipline, les qualités nécessaires pour réussir à l'école. Bien que les jeunes musiciens doivent s'exercer et répéter plusieurs heures par jour, 96 % d'entre eux ont de bonnes ou excellentes notes à l'école, selon une étude. " Ils sortent du lot et apparaissent comme étant des êtres accomplissant de grands exploits grâce à leur rapport constant à la musique ", constate J. Abreu.

Jouer dans un orchestre apprend aussi à travailler en équipe. " Un orchestre est un monde tout à fait particulier dont les finalités sont l'harmonie et la coopération ", ajoute-t-il. Il démontre également les vertus d'un travail acharné, puisque l'élite est choisie uniquement en fonction de ses capacités.

La musique renforce aussi la vie de famille, resserre les liens entre l'enfant et ses parents qui doivent accorder le soutien dont les jeunes musiciens ont besoin. Et au sein de la communauté, la musique rapproche les voisins qui célèbrent la réussite de leurs fils et filles.

Aujourd'hui, les musiciens que composent les premiers orchestres de jeunes au Venezuela, jouent dans les grands orchestres symphoniques régionaux du pays. L'orchestre symphonique de l'Etat d'Anzoátegui, par exemple, est dirigé par et composé des musiciens qui appartenaient à l'orchestre de jeunes d'Anzoátegui. Quand ils ne sont pas en voyage ou en train de donner des concerts, les anciens musiciens qui faisaient partie de l'orchestre de jeunes forment la nouvelle génération.
 

Jump back to top